Sunday, April 24, 2005

vertige

dites-donc, que je me suis arrêté de marcher, et dépassant dans un souffle deux fillettes au coin de la rue, "qui jouaient encore à se tenir en laisse" ? et encore plus loin, des silhouettes sombres, des dos voûtés, qui se soutiennent bras-dessus, bras-dissous, ils n'ont pas vingt ans, un peu plus. chaque griffure que crée un mouvement de tête, sifflant dans l'air, lentement, ou sa capture précoce, tout se recadre, il suffit de peu pour lire dans un regard, ce que l'on peut y voir; "je sais très bien à quel moment exact j'ai trébuché, à quel instant décisif j'ai laissé les autres continuer leur route, ce jour où j'ai décider de rester assis ici, et de ne plus m'en mêler", et de baisser les yeux à nouveau, feignant d'ignorer la brûlure claire que le jour leur inflige, "c'est un insecte fureteur, c'est une irritation".
sortant du fleuve opaque, la créature qui s'agrippe est élancée, sans comune mesure, elle dévore vite le bâtiment ingrat, le premier, en face d'elle; des lumières vives sur le sol, des bouquets de fumée. comme une éruption à sens contraire, " je sais que mon bras inclut et prolonge ce boulevard, je sens leurs rires sur chacun de mes doigts"; et dans ma nuque.
balayé sur la berge, balayé sur le pont, les clapotis redoublent en catimini les signes voluptueux de sa bouche.

haiku

regarde à droite puis à gauche
pose un symbole au mauvais endroit
glisse entre deux oeuvres blanches, il y a
une araignée sur un téton
répète "j'avais bien raison"
répète "j'avais bien raison"
relis la phrase d'après, sans comprendre
déforme la tradition, en connaissance de cause
fais semblant de ne pas comprendre
relis la phrase d'après, puis prend la pose
à contre-jour
et fais un cut-up avec le texte

de la pub d'un parfum de cyprine
GirlScent was created by studying the sex pheromones and other aroma chemicals found in samples of vaginal secretions gathered from dozens of healthy young women.
comme ça

rends-toi à l'évidence
et murmure
" il y avait ici un vieil ami je crois, j'ai commencé à avoir peur quand il est parti, vers 19 heures. nous avions fait un feu avec des branches de gens trouvées sur le bord de la route. des oiseaux moqueurs nous dessinaient des perches avec leurs longs becs pleins de dents. -ça ne prend pas, ça ne prend pas avec nous! ; et de fait, nous restâmes dans le noir. puis il est parti. dans la cuisine, aussi vide que le reste des chambres vides, il y a un long tuyau vide, des placards brisés, et un bloc de matière molle sans couleur sur le sol. je ne suis même pas allé voir la cave. à chaque fenêtre, il fait plus bleu, un bleu de nuit, et à l'une d'elle j'apperçois le regard d'un homme au visage de hyène, qui lêche les carreaux.
ou alors est-ce une femme.
on m'a frôlé l'épaule"

chien noir ! Posted by Hello

Saturday, April 16, 2005

le chien

La cour se vide, jouxtant le terrain de sport, beaucoup de poussière, mais peu de bruit; il y a une allée de marbre noir, des jets d'eau épars, et l'on marche sur de longues épitaphes. Plusieurs photographies, à même un bloc érigé sur le bord du square, des regards féroces, l'un est emprisonné, un géant sénégalo-norvégien au visage rongé de cratères, et ses oeuvres naïves peintes de mousses et de pastels. Un ivrogne traîne et beugle au loin: il tient dans sa main une laisse de cuir, au bout de laquelle, un collier de chien, qui racle le sol; il n'y a rien autour...
Il s'approche, insultant son collier triste, et tirant sur la corde, boitant un peu. Me regarde et me questionne: qu'arrivera-t-il? si je lâche la bride?

Wednesday, April 13, 2005


lettres coréennes Posted by Hello

memento mori

my love
...ce n'est qu'un faux livre,
à chaque étage,
un coup d'oeil furtif,
une page comme une fenêtre,
qu'il est bon!
de plonger dedans

chanson pour un pylône et un bateleur

toute ombre cylindrique
un désert conscrit
sachons prendre nos distances
c'est un gouffre qui nous fait face
alors que tu t'éloignes
discrètement

ils se rapprochent... Posted by Hello

Tuesday, April 12, 2005

tout ce qui est rond est un mandala

L'angoisse serre le cou puis tranche la tête
c'est alors que,
les yeux sur les genoux,
on contemple un ballet triste sur les bords de la place
tandis que le centre vide aspire les témoins.
Un ruban de fumée s'échappe de ce gouffre minuscule;
les gamins asphyxiés étranglent des pigeons en arborant
le sourire de la Joconde
et la même satisfaction.
Le plateau tremble et se retourne on découvre soudain
que sous les canaux ectoplasmes fleurit un jardin
où chaque bourgeon immense, vert rouge orange,
donne naissance à un professeur juif en veston.
Sitôt qu'ils voient le jour armés et casqués
ils mettent les doigts dans votre ventre
et y chatouillent le foie
la moue impassible
le regard grave
ils entonnent à l'unisson un "guiliguili" courtois.

donne des globules au capitaine

La langue morte touche à la mer, réveille les aires salées du sable de mes yeux, et engouffre les hommes-poissons un par un dans son bec mou couleur d'hiver.
La cataracte est son fleuve évident sur lequel ondulent les serpents merveilleux, et leur crasse, et leurs tombes, creusées par la main belliqueuse et retenue des Grands Aliments Blancs;
les pleureuses soupirent sur la berge et les fonctionnaires leur répondent en envoyant des signaux de détresse sur leur manette de jeu.
Un nabot s'agite, arborant fièrement sa nouvelle casquette et la taille de ses dents, puis retombe dans la Seine,
les rideaux le silencent,
baillonant les serpents et leur danse évidente.
La nuit se retient puis tousse un peu.

Chaque lumière éteinte détruit un carré de maisons.

le sommeil du Christ est une chose magnifique en décembre

mon pêre aimait beaucoup le rodéo, c'était toute sa vie
je jette des chatons du haut des arbres, pour que nous puissions enfin leur marcher sur le corps
étrangement éphémère, ce goulet plat, un moine chauve caresse l'or de tes orteils

tapis d'homme

les aplats de bêtes étirent leur corps au loin
et s'étendent sur le sol, bien qu'ils soient au Ciel
"c'est le neuvième étage", stupide bête;
je veux bien que les plantes me transpercent
mais du moins
enterrez-moi la tête à l'air

pousse-gazon

Voulant la voir, je n'ai trouvé qu'un long couloir avec la Vierge au fond.

anathème complémentaire

je me jetterai au feu
après vous mesdames
après toi mon coeur
si peu, ou à peine plus...
les feuilles sur le sol s'évaporent, comme son indécision
(les plus soudaines des branches couvrent la combustion de l'ozone)

printemps 68 à la gare

une faim plus brusque qu'un linge blafard descendit sur les plafonds et les mûriers, les compartiments et les discoboles
une passante étouffée appelle puis s'endort
ton phare se donne en floraison

printemps 69 sur le passage à niveaux

les angles instables du monde bienveillant se rassemblent
une secousse de plus provoquerait ton implosion
l'attente est comme un chat malade sur le bord de la route

trampoline farceur et amélie poulain

elle fait quatre fois silence dans le souterrain de sa chute, et son nom s'inscrit sur les prospectus
le firmament nul grave ses lettres en écho aux gestes bruts de ma langue
le métal y brille, mais n'y appelle pas
je bloque l'entrée de sa bouche

décalcomanie électrique

"la chance ne m'est pas donnée d'être youpin et pédé" souffle Marguerite l'ourse noire, et grattant l'humus comme la colère, le Japon s'enterre dans un monstrueux effort
Véronique se dessine sur les murs de ma chambre

le soleil est un chardon

ses pontes sont commes des yeux inversés

et son odeur impatiente

est la rigole qui s'enfuit des coupe-gorges

des artères nettes

des bouquets de têtes des chats morts

sur chaque vigne ou chaque champ en friche

où une silhouette fait office d'épouvantail à pêcheurs

sur chaque ocre "changetogreen"

nous tanguerons ensemble, les jambes immobiles

et la langue pendante

bronzage plantaire

c'est qu'on étouffe, le peton précoce, un charabia pour taupes

clignant du terreau jusqu'aux poignets qui se crachent

on évite inconsciemment les motocyclettes coréennes, oubliant un peu

un soupir borgne

une charrue aimantée vers le sédiment

ou un pot de fer qui nous empoigne à mi-corps.

rappelons-nous seulement que l'horizon est strictement moite,

indigeste,

et qu'il nous évite pas mal de tracas

Gymnastiques en cachalot

on ne fait pas de grimace
avec de vieux costumes
mais avec des cordes de boue